Ameimse hat Sorrowland von Rivers Solomon besprochen
Sorrowland
5 Sterne
Dans son avant-propos, Rivers Solomon a une jolie formule qui m'a accompagnée durant l'ensemble de la lecture : "J’espère que vous trouverez en ce livre ce dont vous avez besoin, en cet instant précis." C'est une phrase qui, tout en incitant à une forme d'introspection (qu'est-ce qui amène à se lancer dans ce roman à ce moment précis ?), rappelle que toute lecture constitue une rencontre, avec sa part de contingence, une expérience liée à un contexte pouvant être particulier. En ce qui me concerne, une chose est sûre : 'Sorrowland' a été une lecture marquante qui confirme l'installation de Rivers Solomon parmi les auteurices dont j'ai bien l'intention de découvrir tous les écrits.
En nous entraînant dans le sillage de Vern, 15 ans et sur le point d'accoucher en pleine forêt au moment où s'ouvre le récit, 'Sorrowland' se place d'emblée dans une tension qui ne la quittera …
Dans son avant-propos, Rivers Solomon a une jolie formule qui m'a accompagnée durant l'ensemble de la lecture : "J’espère que vous trouverez en ce livre ce dont vous avez besoin, en cet instant précis." C'est une phrase qui, tout en incitant à une forme d'introspection (qu'est-ce qui amène à se lancer dans ce roman à ce moment précis ?), rappelle que toute lecture constitue une rencontre, avec sa part de contingence, une expérience liée à un contexte pouvant être particulier. En ce qui me concerne, une chose est sûre : 'Sorrowland' a été une lecture marquante qui confirme l'installation de Rivers Solomon parmi les auteurices dont j'ai bien l'intention de découvrir tous les écrits.
En nous entraînant dans le sillage de Vern, 15 ans et sur le point d'accoucher en pleine forêt au moment où s'ouvre le récit, 'Sorrowland' se place d'emblée dans une tension qui ne la quittera plus. C'est une histoire de fuite et de survie, d'oppressions systémiques diverses -dont les ramifications semblent sans fin-, de révolte et de (re)construction.
Par les thèmes abordés, comme par sa construction narrative, ce roman foisonnant est d'une richesse parfois assez vertigineuse. Il déstabilise d'ailleurs par sa faculté à bifurquer, à déjouer certaines attentes et à s'enrichir constamment en puisant dans différents genres littéraires (du fantastique au thriller, de l'horreur à la science-fiction). Servi par une plume incisive, dure tout en étant pleine d'empathie, c'est un cri contre les dominations et les formes multiples qu'elles peuvent prendre dans cette société états-unienne mise en scène, héritière d'une longue histoire patriarcale, coloniale et esclavagiste. Si l'histoire se déploie dans une ambiance sombre, paranoïaque et étouffante par moments, elle n'en demeure pas moins chargée d'espoir, traversée par une vitalité et une résilience communicatives. C'est la revendication d'un droit à exister, malgré tout, envers et contre tous, qui s'exprime. Au fil du récit, s'il est ainsi question d'exploitation et d'accaparement -d'êtres humains comme des terres-, Rivers Solomon parle aussi de maternité, d'amour lesbien, de reconstruction post-traumatique. Cela donne un roman à multiples entrées qui n'en finit pas de résonner chez moi, y compris plusieurs jours après avoir refermé le livre.
En résumé, un roman dont il faut faire l'expérience (plutôt que de lire les propos maladroits par lesquels je tente de le présenter ;) ).